Le commentaire composé

FLAUBERT

I. Première approche

1) Prendre en compte le paratexte : indications utiles ! Toujours partir du contexte littéraire (songer aux mouvements littéraires, à maîtriser parfaitement), politique, idéologique… (cf.cours)

2) Analyser le titre : ironique, humoristique, polémique, élégiaque, dont la coloration est religieuse, scientifique…

3) Dégager les caractères généraux du texte :

Le genre : Essayer d’être précis et de ne pas se contenter des trois grands genres roman,  théâtre, poésie. Songer certes à la comédie et à la tragédie mais aussi à la farce et au drame romantique par exemple. De même, pour les autres genres : roman historique, roman épistolaire, roman d’aventures…/ nouvelle réaliste, fantastique… / poésie, poème en prose, fable, ode..).  Vous établirez peu à peu des fiches de synthèse sur les caractéristiques propres à chaque genre. (cf cours genres)

Le(s) type(s) de discours : descriptif, narratif, argumentatif, explicatif.

Le(s) registre(s) : comique, tragique, satirique, ironique… (cf. cours)

Ces trois éléments, genre – type – registre(s), sont essentiels et doivent constituer des grilles de lecture pour une meilleure analyse du texte.

Vous dégagerez ensuite :

Le sens principal du texte : le thème (sujet de l’extrait, en un mot) puis l’idée principale (essayer de composer une phrase complète présentant l’extrait). Juger si le thème est un lieu commun ou s’il est original. Faire des rapprochements avec la tradition littéraire ex : un thème romantique mais traité plus discrètement ou de façon parodique…

Sa composition : est-elle logique, fondée sur un contraste, équilibrée, un élargissement du cas particulier au cas général, une focalisation de plus en plus serrée ? Le début et la fin du texte se font-ils écho ou s’opposent-ils ? Idem pour chaque strophe ou paragraphe.

II. Analyse détaillée du texte

Revenir sur le texte à travers une série de lectures détaillées qui vous permettront de relever un certain nombre de procédés d’écriture en relation avec tel ou tel des caractères généraux préalablement identifiés. L’objectif de cette étude détaillée est de ne retenir que les phénomènes significatifs.

On peut ainsi songer à étudier (liste non exhaustive !):

L’énonciation : le rôle des discours rapportés : DD, DI, DIL (cf.cours). Le DD par exemple peut correspondre à un parti pris d’objectivité et permet de rendre compte des niveaux de langue et des marques d’oralité (hésitations, interjections, accents…) restituant ainsi le statut social des énonciateurs ainsi que leurs émotions. Vérifier également si le texte ne comporte pas un commentaire de l’auteur lui-même. (Ex : Stendhal dans la Chartreuse de Parme : “ Nous avouerons que notre héros était fort peu héros en ce moment.”).

Les pronoms : présence ou non de l’énonciateur ? Remarquer et commenter le passage du tu au vous (distance ? changement de situation d’énonciation?) ou du vous au tu (fraternité ? mépris ?), du je/tu au nous (implication de l’énonciateur, valeur universelle). S’interroger sur la valeur de l’indéfini on. Noter les oppositions de pronoms.

Les verbes:

– analyser la valeur des temps (cf. cours).

– les modes : par exemple, les modes conditionnel et subjonctif expriment le doute, l’hypothèse, tandis que le mode indicatif est le mode de la certitude ; gérondif : action en train de se réaliser ; impératif : valeur d’injonction ou souhait ; infinitif : mode impersonnel…

– les types de verbes : d’action, d’opinion, de mouvement, de sentiment?

Le(s) niveau(x) de langue : soutenu, courant, familier + précieux, argotique, archaïque, cru…

La phrase :

– étudier son rythme : croissant (de plus en plus longues) / décroissant, régulier / saccadé (coupes nombreuses)…

– les modes de liaison afin d’analyser les effets d’accumulation ou de rupture (juxtaposition, subordination, coordination).

– les mots de liaison (opposition, addition, conséquence… / connecteurs temporels).

Montrer également en quoi le rythme d’une phrase peut s’accorder avec les idées exprimées. Ex: rythme binaire : vers ou phrase divisée en deux mesures sensiblement égales. Ce rythme peut traduire la logique, l’équilibre, la régularité…Ternaire : trois mesures sensiblement égales. Peut mettre en valeur des parallélismes, des répétitions…

Les figures de style : en déduire des effets de sens précis, en lien avec le texte ! (cf.cours)

Les champs lexicaux : attention au relevé systématique des champs lexicaux ! À n’étudier que s’ils sont particulièrement signifiants. Par exemple, harmonie ou opposition (lumière/ombre ; silence/bruit ; mort/vie ; paysage/rêve ; intériorité/extériorité…). Penser aux possibilités de polysémie et aux sens figuré/propre.

↪ Quelques particularités concernant certains types de discours ou genres de texte:

Texte argumentatif : Outre tous les points évoqués ci-dessus, ce type de texte suppose de s’interroger sur les stratégies argumentatives de l’énonciateur et d’étudier sa thèse, ses arguments, ses exemples, l’ordre de l’argumentation. Songer également à relever les marques de l’argumentation telles que les modalisateurs, et les connecteurs logiques. Bien distinguer Argumentation directe/indirecte, persuader/convaincre. Voir si style oratoire. Se méfier de l’ironie.

Texte narratif :

Etudier le(s) point(s) de vue : interne, externe, omniscient. (cf cours)

Analyser le passage du récit au discours : passage de la P3 à la P1 ou P2 et changement de temps : des temps de la narration c’est-à-dire imparfait/passé simple au temps du discours (présent). Étudier les paroles rapportées.

rythme de la narration : sommaire, ellipse, pause, scène (cf cours).

ordre du de la narration : linéaire, analepse, prolespe.

Texte descriptif : analyser l’insertion de la description dans le récit, l’ordre de la description, les métaphores et comparaisons, le vocabulaire mélioratif/péjoratif, le point de vue, la présence ou non de l’énonciateur… Cette description est-elle sélective ? surchargée ? fidèle ? est-elle plus un état d’âme qu’un décor ? est-elle une vision ? est-elle symbolique ? réaliste ? Quelles sont les lignes, les couleurs, les sensations qui s’en dégagent ? Quelle est sa fonction (ornementale ? annoncer une action ? camper un personnage ?..)

Genre poétique : étudier en plus des pronoms, champs lexicaux, figures, temps, rythme etc, la versification en tant que telle : composition, rimes, mesure, enjambement, rejet, contre-rejet, diérèse, synérèse, sonorités avec allitérations et assonances etc. Avoir toujours en tête l’évolution du genre et les différentes fonctions de la poésie

Genre théâtral : ne pas oublier les didascalies (et donc la mise en scène éventuelle), les interactions verbales (qui parle le plus, comment se répartissent les échanges ?…), utiliser le vocabulaire de l’analyse dramaturgique, essayer de situer la scène au sein de la pièce. Penser systématiquement à la problématique de la représentation.

III. Détermination des parties

Prendre du recul, de la hauteur de vue, pour dégager 2 ou 3 centres d’intérêt ou axes de lecture permettant de rendre compte d’un bilan de lecture destiné à mettre en valeur les aspects essentiels de l’intérêt et de la valeur du texte, voire de son fonctionnement. Entourez donc sur votre brouillon les thèmes ou idées que vous aurez réussi à dégager et qui vous semblent les plus porteurs de sens. Voyez comment ils s’articulent entre eux (opposition, progression..).

Ce plan doit être dynamique, c’est-à-dire suggérer une progression dans la découverte du sens. On s’efforcera donc d’aller du plus simple au plus complexe, du plus superficiel au plus profond ou du plus évident au plus significatif.

Pas de recette, pas de procédé automatique pour établir ces 2 ou 3 centres d’intérêts, mais on peut partir souvent de la nature littéraire du texte : caractérisation précise du texte à partir de son genre, du type de texte auquel il appartient, de sa fonction ou encore de son registre.

Détermination des paragraphes

Chaque partie doit comporter des paragraphes venant nourrir l’idée principale de votre axe, en somme venant la prouver. Chaque paragraphe présente donc un argument nouveau et qui doit être justifié par un / des exemple(s) : extraits du texte cités et analysés. Ces paragraphes reposent, soit sur des procédés ou techniques littéraires, soit sur des éléments thématiques significatifs (cf. “analyse détaillée du texte”). Quel que soit le choix adopté (et qui peut varier), il faut constamment lier dans l’analyse le fond et la forme (effet de sens et procédé) afin d’éviter la paraphrase ou l’excès de formalisme (procédés simplement identifiés, sans référence au sens).

V. Rédaction de l’introduction

Vous avez désormais votre plan, et vous savez donc quelle lecture du texte vous allez proposer.

L’introduction tient en un paragraphe (ne pas oublier l’alinéa !) ; une dizaine de lignes.

1. AMORCE : Situer le texte par une ouverture qui l’intègre dans un ensemble plus vaste et en rapport avec lui : mouvement, thème, genre, époque…

Éviter les généralités ( « L’homme a toujours exprimé son émotion… ») ou les détails biographiques sans rapport avec le texte ( « Rousseau est né à Genève en 1712… »). Ne surtout pas commencer par « Ce texte.. » : dites-vous que le lecteur n’est pas censé le connaître.

2. L’OEUVRE : indiquer l’auteur, la date, le titre, le genre précis. Présenter ensuite l’oeuvre (résumé et intentions) en deux/trois phrases.

3. LE TEXTE : Situer le texte au sein de l’oeuvre puis dégager ses caractères généraux : thème et idée principale, type de texte, genre, situation (Qui, quoi, où?).. Mais ne pas commencer l’analyse en tant que telle ! Citations interdites pour le moment. 

4. ANNONCER LA PROBLÉMATIQUE : Nous pouvons ainsi nous demander comment / en quoi … (sans inversion du sujet, et sans point d’interrogation!).

5. ANNONCER LE PLAN, c’est-à-dire vos deux ou trois idées directrices. Ne jamais employer la première personne du singulier. ( Dans un premier temps, nous nous pencherons sur…., pour ensuite nous intéresser à..).

SAUTER UNE LIGNE

VI. Rédaction du développement

Les règles de présentation :

Tout paragraphe commence par un alinea (2/3 carreaux).

Chaque fois qu’on va à la ligne, on crée un nouveau paragraphe : on doit donc faire un nouvel alinea.

=>Ne pas aller à la ligne à chaque phrase ! Un paragraphe doit regrouper quatre, cinq phrases. (= une dizaine de lignes environ.)

Le développement a deux ou trois parties. Chaque partie contient deux, trois, quatre paragraphes.

Sauter une ou deux lignes entre chaque partie. Soit : après l’introduction, après la première partie du développement, après la seconde partie, puis après la troisième s’il y en a une, avant la conclusion. Ne jamais sauter de ligne entre les paragraphes d’une même partie !

Les titres sont soulignés. Ex : L’étranger.  Quand le titre commence par l’article défini, certains écrivains mettent aussi la majuscule au mot suivant. ( Ex : Le Rouge et le noir). Les titres de poèmes sont soit soulignés, soit entre guillemets, mais jamais on ne met à la fois les guillemets et le soulignement.  Pour les poèmes sans titre, on donne l’incipit entre guillemets : « Demain, dès l’aube… », par exemple.

Aucun chiffre arabe n’est permis, sauf pour les dates (chiffres arabes obligatoires) et les n° de lignes des textes qu’on analyse. (« En 1857 » ; « A la ligne 23… »). Pour les siècles, les rois et empereurs, utiliser les chiffres romains (« Henri IV» ).

La plupart des abréviations sont interdites dans un texte rédigé. (Ne pas écrire « ex :… », mais « par exemple,… »)

Majuscules et soulignements emphatiques sont vivement déconseillés. Redoublement, ou triplement  de ponctuation  interdit (Ne pas écrire : BAUDELAIRE  a  composé LES FLEURS DU MAL.  Le Poète exprime son ANGOISSE !!!!)

Ne pas mettre de titres et sous-titres au milieu de sa dissertation ou de son commentaire.

Le style :

Toute phrase a son verbe. Toute proposition subordonnée a sa principale.

Style de notes interdit (« voir… », « cf… » , phrases sans verbes…)

On a l’obligation d’être très clair, dans un devoir scolaire : les phrases courtes ne contiennent presque jamais une faute. (Les longues phrases sont trop souvent lourdes et confuses).

En conséquence, que le sujet ne soit pas trop éloigné de son verbe et que le relatif soit toujours collé à son antécédent !

Éviter impérativement les expressions : le narrateur dit que.., ce texte parle de…, il y a…, on voit.., on note…, on relève….(utiliser les fiches de vocabulaire).

Compliments interdits. Les auteurs n’en ont pas besoin (ne pas dire : Baudelaire est un grand écrivain,  Ni : ce vers est parfait, parfaitement écrit… ). Ne pas écrire non plus : Baudelaire est un célèbre écrivain, son fameux recueil… 

Utiliser le présent lors de vos commentaires et non le futur (« ensuite le poème développera/va développer.. »).

Ne pas utiliser de guillemets lorsque vous avez du mal à trouver l’expression juste : vous vous trahissez !

Chaque paragraphe doit être introduit par un connecteur logique (en outre, de plus, cependant, par ailleurs, enfin…).

La conclusion doit commencer par un mot conclusif. (« Ainsi,… » , « En somme,… »)

Les citations :

Toute citation a son auteur. N’écrivez pas de citation sans nommer l’auteur.

La citation est correctement intégrée, dans une phrase qui a du sens, et qui est grammaticalement correcte. Ne pas écrire :  L’auteur utilise « ma », donc il parle de lui.

                   Ni :  L’auteur parle de lui, « ma ».

                   Ni :  l’auteur parle de lui avec « ma »

                 Ni :  l’auteur évoque sa  misère,  « ma misère ». (la répétition est inutile et lourde).

                   Ni : « Ma » indique que l’auteur parle de lui.

Derrière la citation, on met entre parenthèses le n° de la ligne ou du vers, si besoin.

Ne pas écrire :  Vers 3, l’auteur utilise « ma »

Ecrire :  Le poète emploie l’expression : « ma longue misère » (v.3).

Ou :  Dès le vers 3, le poète évoque « (sa) longue misère ».

Ne pas donner un numéro de ligne, si on ne cite rien du texte. Ne pas écrire : « Ligne 13 le héros souffre ». Ne pas écrire non plus, quoique la phrase soit correcte : « À la ligne 13, le héros souffre ».

Tout mot ou groupe de mots supprimé dans une citation est indiqué par « (…) »; tout mot, ou toute lettre changé(e)  est mis(e) entre parenthèses.

Si l’on cite plusieurs vers, on met une barre oblique entre eux, et chaque vers commence par sa majuscule (« Les sanglots longs/ Des violons/ De l’automne… »).

Enfin, attention, toute citation doit être analysée! Qualifier le procédé d’écriture et le commenter.

VII. bilan: le modèle à suivre

Alinea : Introduction

……….SAUTER UNE LIGNE………..

Alinea : Annoncer l’idée, la thématique de la première partie en une ou deux phrases. Le lecteur a besoin de savoir en quoi va consister cette partie. Ne pas présenter les paragraphes.

Alinea : Annoncer le premier paragraphe, c’est-à-dire le premier argument venant confirmer l’intérêt et la pertinence de votre partie : 1, 2 phrases (poser et définir l’idée). Citations, analyses… Puis conclure le paragraphe : revenir sur l’idée générale.

Alinea: Annoncer le deuxième paragraphe …

Alinea: Annoncer le troisième paragrpahe..

………SAUTER UNE LIGNE………….

Alinea: Transition = Conclure ce qui précède (la partie), en montrer les insuffisances afin de justifier le recours à une deuxième partie que vous annoncez.

………SAUTER UNE LIGNE…………

Alinea: Annoncer la deuxième partie…

Développement sur le même principe que la première.

……..SAUTER UNE LIGNE…………

Alinea: Conclusion = Dressez le bilan de votre commentaire. Ne privilégiez pas l’une ou l’autre partie. Puis procédez à l’ouverture : mise en parallèle du texte avec d’autres éléments : œuvre, auteur, époque… Ne soyez pas trop allusifs dans cette ouverture (comparaison explicite) et ne pas finir par une interrogation directe !