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Albert Camus

« J’ai toujours eu l’impression de vivre en haute mer, menacé, au coeur d’un bonheur royal. »

Le 4 janvier 1960, Albert Camus, prix Nobel de littérature, se tuait en voiture.
L’occasion de relire Noces. Plus qu’une oeuvre de jeunesse, cet essai doit être perçu comme un texte majeur. L’antagonisme des deux thèmes fondateurs de la pensée de Camus, ce midi et ce minuit, s’y expose déjà. Le soleil doit être partagé avec la misère : le prix à payer de la présence au monde est le tragique. La faille est déjà ouverte d’où va surgir l’absurde.
Juillet 1939, deux mois après la publication de Noces, Camus écrit dans Alger Républicain :  » Des hommes que la terre suffit à contenter doivent savoir payer leur joie et leur lucidité et, fuyant le bonheur illusoire des anges, accepter de n’aimer que ce qui doit mourir « .

les Hauts de hurle-vent

Tensions sur un même corde tendue à se rompre : certains rouges et certains noirs. La haine et la passion, au coeur d’une tragédie atemporelle. Mais aussi la force et la faiblesse, la préciosité et la sauvagerie, l’ignorance et le savoir, la richesse et la misère … autant d’antithèses que l’on pourrait filer à l’infini.

Des mises en scène sublimes de la cruauté de l’homme et de son indicible solitude. La misanthropie, le cynisme et le machiavélisme en forme d’héritage.

Deux grandes maisons qui s’affrontent : des jalousies et des calculs meurtriers. Un univers austère, âpre et rude – sorte de huit-clos duquel les personnages parviennent, parfois, à s’échapper… pour se perdre à nouveau dans les monts enneigés et hurlants de l’hiver.

Chef d’oeuvre de la littérature anglaise. La tragédie de personnages hantés. Ou l’art de hanter son lecteur.

Et pourtant c’est aussi l’histoire d’une alphabétisation par l’amour…  » En vérité, ce pays-ci est merveilleux  » ! (Incipit)

Marguerite Duras

« Écrire. Je ne peux pas.

Personne ne peut.
Il faut le dire, on ne peut pas.
Et on écrit.

C’est l’inconnu qu’on porte en soi écrire, c’est ça qui est atteint. C’est ça ou rien.
On peut parler d’une maladie de l’écrit.

Ce n’est pas simple ce que j’essaie de dire là, mais je crois qu’on peut s’y retrouver,
camarades de tous les pays.

Il y a une folie d’écrire qui est en soi-même, une folie d’écrire furieuse mais ce n’est pas
pour cela qu’on est dans la folie. Au contraire.

L’écriture c’est l’inconnu. Avant d’écrire, on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en
toute lucidité.
C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire,
c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même,
d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible,douée de pensée, de colère, et
qui quelquefois, de son propre fait, est en danger d’en perdre la vie.

Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on
n’écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine.

Écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait — on ne le sait qu’après —
avant, c’est la question la plus dangereuse que l’on puisse se poser. Mais c’est la plus
courante aussi.

L’écrit ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit et ça passe comme
rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie. »

Marguerite Duras, Écrire.

Gustave Flaubert

« Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut. Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière. […] C’est pour cela qu’il n’y a ni beaux ni vilains sujets et qu’on pourrait presque établir comme axiome, en se plaçant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui seul une manière absolue de voir les choses. »

À Louise Colet, 16 janvier 1852